Publié pour la première fois en 1982 sous le pseudonyme de Ramon Mercader
(l'assassin de Trotski), Du Passé Faisons Table Rase apparaît dès sa
sortie comme un véritable brûlot et est salué par la critique, hormis celle de
l'Humanité...
À travers ce roman de politique-fiction, Thierry Jonquet s'en prend au parti
communiste français et à ses dirigeants, ceux de la scène médiatique ou ceux de
l'ombre, organisant en sous-main, à l'instar de leurs collègues du KGB, la
réécriture des biographies des pontes de l'appareil ou les lignes directrices
du parti.
L'auteur revient sur les trous "malencontreux" dans le cursus du
secrétaire général, un certain Castel, gouailleur, dans les traits duquel il
est difficile de ne pas reconnaître un certain Georges Marchais, sur une série
de meurtres non élucidés datant du début des années soixante-dix... Il met en
scène un chantage politique qui lui permet de régler quelques comptes, en tant
que militant, et éclaire d'une lumière crue la vie interne d'un parti dont
l'image, mise en avant, ne correspondait pas forcément à la réalité, beaucoup
plus noire que rouge...
Jonquet préfigure, par ses "révélations" (mais peut-on douter d'un
personnage qui s'appelle Robert Dia ?) la chute annoncée d'une institution qui
voit arriver là la fin de sa grande époque.
Leçon de mémoire, leçon d'histoire, ce roman est servi par une écriture
violente, sans concession, qui met à plat, à travers une fiction, ce que chacun
sait mais que personne ne dit.
Un roman militant, "engagé" (avec les guillemets parce que Thierry
Jonquet abhorre l'expression), à l'image de son auteur.
Le quatrième de couverture
Comprenant que le fait d'être membre de l'avant-garde de la classe ouvrière
ne pouvait que lui être bénéfique pour sa promotion sociale à l'intérieur de
l'usine, René adhéra au Parti. Le 22 avril 1947 : il venait tout juste
d'atteindre ses vingt-sept ans.
Et l'on vit bientôt le jeune Castel vendre l'organe central du Parti sur les
marchés de Montmartre ou de Saint-Ouen, le dimanche matin. Cet être fragile,
plein d'amertume à l'encontre de son enfance misérable, déjà marqué par les
épreuves de la guerre, le Parti allait le transformer, lui donner cette belle
assurance, cet allant imperturbable que tout le monde lui reconnaît.
Mais le chemin est encore long, qui fera de ce militant obscur et sans grade le
secrétaire général du Parti, lors du Congrès de 1972.
Les dix premières lignes
Il pleuvait abondamment. Et Georg Staffner détestait la pluie. Cela
n'avait aucun rapport avec la mélancolie qu'engendre chez de nombreux
mortels la vue des flaques luisantes sur le bitume des rues des villes.
Staffner détestait la pluie car pour lui humidité rimait avec douleur.
Il revenait justement de l'hôpital, où, depuis de longues années, on le
suivait pour une maladie rhumatisante qui lui rongeait les
articulations avec une avidité sournoise. Appuyé sur sa canne, il
attendait le bus (...).